ps chevilly larue
Rencontre avec… Laurence ROSSIGNOL, Secrétaire nationale en charge de l’Environnement et du développement durable.

« L’écologie réinterroge notre identité »

vendredi 17 avril 2009 par B.TRANCHANT

Le fait écologique occupe désormais une fonction centrale dans notre économie. Au point de redéfinir le clivage entre riches et pauvres, dominants et dominés, exploiteurs et exploités. L’analyse de Laurence Rossignol, Secrétaire nationale en charge de l’Environnement et du développement durable.

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L’urgence écologique est entrée de plain-pied dans le champ politique. Fort de ce constat, comment le PS peut-il opérer sa conversion ?
D’abord, en prolongeant et en globalisant les réflexions et les initiatives prises dans les collectivités territoriales en faveur du développement durable. Nous sommes très précurseurs et particulièrement actifs en la matière dans les mairies, les départements et les régions. De nombreuses collectivités socialistes ont signé ainsi un Agenda 21, élaboré des plans locaux d’environnement et de développement durable, orienté leurs aides économiques en soutien à la croissance verte. Les choix opérés en faveur des transports collectifs, de l’eau, du traitement des déchets ou des éco-quartiers démontrent que les élus socialistes ont pris la mesure de l’urgence écologique, là où ils ont le pouvoir de décision.
Paradoxalement, nous sommes plus timorés lorsqu’il s’agit d’assumer et de définir la social-écologie, en tant que projet de société et d’alternative au capitalisme. Le mouvement socialiste est historiquement productiviste. Il est lié au salariat de l’industrie. Il s’est également construit dans la lutte contre l’obscurantisme et a longtemps conservé une foi inébranlable dans le progrès scientifique et technologique. L’écologie réinterroge notre identité.

Ne conviendrait-il pas, prioritairement, de renouer le lien avec le monde associatif et les ONG ?
C’est indispensable, en effet. Nous avons commencé à reconstruire à leur côté un cadre de dialogue et d’échanges. Nous avons besoin de leur expertise, elles ont besoin d’une gauche forte et active.

La destruction des écosystèmes n’est-elle pas génératrice d’inégalités sociales ?
C’est tout l’enjeu pour la gauche ! Dans les pays développés, ce sont les plus fragiles qui s’exposent le plus aux désastres de la crise environnementale. Les liens entre santé et alimentation sont très nets et de nouvelles fractures apparaissent, par exemple, entre ceux qui ont les moyens de consommer des légumes bio et ceux qui ne fréquentent que les « hard discounts ». Dans ces conditions, le risque n’est pas mince de voir se creuser encore davantage les inégalités sanitaires. De même, il nous faut aborder la fiscalité écologique selon nos principes socialistes, sans jamais perdre de vue que la fiscalité doit toujours être juste, progressive et redistributive, ce qui n’est pas la première vertu de la fiscalité indirecte ! C’est dans cet esprit que, nous avons proposé, dans notre contre plan de relance, une modulation des tarifs pour les biens essentiels - eau, gaz, électricité…- qui garantisse à chacun des prix bas pour ses besoins quotidiens et surfacture les consommations de gaspillage.
Les inégalités nord/sud s’accroissent avec la crise écologique : sur la planète, les victimes des dérèglements climatiques, de la rareté de l’eau ou de la crise alimentaire sont toujours les plus pauvres. Les profits réalisés dans les pays où la main-d’œuvre est moins chère sont démultipliés par l’absence de normes environnementales. Le juste échange, c’est de pénaliser ceux qui surexploitent les salariés comme les ressources naturelles.

Dans une note présentée au Bureau national, vous appelez très clairement à réfléchir autour d’un nouveau modèle de développement économique, social et écologique. Ces trois éléments sont-ils indissociables ?
Le diagnostic est sans appel : nous consommons les ressources naturelles plus vite qu’elles ne se reproduisent et rejetons davantage de gaz à effet de serre que la nature ne peut en absorber. À moins de choisir l’option « suicide collectif », il va bien falloir décarboniser drastiquement nos économies. La mise au régime aura lieu. Soit nous l’organisons, soit nous la subissons. Soit elle est démocratiquement décidée et équitablement organisée, soit elle s’imposera dans la violence et des formes nouvelles de confiscation de la richesse et du pouvoir. Et comme il existe une corrélation absolue entre le niveau de développement et l’accès à l’énergie, nous voilà au cœur du défi : un nouveau modèle de développement fondé sur d’autres valeurs et qui ne fasse pas de la consommation de biens matériels, d’ailleurs toujours inassouvie, l’horizon du bonheur et de l’épanouissement des individus.

Propos recueillis par Bruno Tranchant

Quelques pistes pour avancer

- Restaurer les liens avec le monde associatif et les ONG.
- Élaborer un corpus de pensée et définir le principe de « social-écologie », en liant développement durable et lutte contre les inégalités.
- Arbitrer les sujets pendants et différés : énergie et fiscalité écologique.
- Sélectionner les thématiques de croissance verte, d’environnement et de santé, d’environnement et de nouvelles technologies, de risques industriels.
- Affirmer la réflexion autour du nouveau modèle de développement économique, social et écologique.
- Mise en place d’un groupe d’experts chargé du suivi et de la préparation du sommet de Copenhague.
- Multiplier les rencontres avec les groupes parlementaires, à l’Assemblée et au Sénat.
- Diffusion, au sein du Parti, d’une newsletter mensuelle, sous la forme d’un « bulletin de liaison ».


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