ps chevilly larue

La Geste du repos dominical

mardi 13 janvier 2009 par B.TRANCHANT

L’idée qu’il faut à l’homme un jour de repos hebdomadaire est aussi vieille que le monde. De Constantin à l’adoption de la loi de 1906, qui instaure une trêve dominicale obligatoire, le temps a fait son œuvre, au prix de luttes et de sacrifices dictés par des préoccupations sociales et éthiques, aujourd’hui mises en cause par la majorité parlementaire.

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« Au jour vénérable du soleil, que les habitants se reposent et que tous les ateliers soient fermés ». Neuf ans après sa victoire décisive du pont Milvius, l’Empereur Constantin décrète, le 7 mars 321, un jour de repos pour l’ensemble de ses sujets. En fin politique, l’homme qui a mis fin à la persécution des Chrétiens s’emploie ainsi à faire coïncider le jour du soleil, dies solis, et celui de la résurrection du Christ. Histoire, surtout, de pacifier les esprits et d’assurer l’unité du territoire.
L’idée prévaudra jusqu’au dix-huitième siècle où les fissures de l’édifice dominical paraîtront dans le discours d’une partie des philosophes des Lumières qui, au nom de la morale et de l’économie, pointeront le caractère oisif de cette journée. Dès lors, un processus de désacralisation s’engagera peu à peu. Le jour du Seigneur cèdera la place au « dimanche de fête », à mesure que la société se laïcisera et s’industrialisera.

Laïcisation

La Révolution ne fera qu’amplifier ce phénomène. La fréquentation de l’Église deviendra moins systématique. Jadis haut lieu de la sociabilité, elle sera délaissée par les hommes qui lui préfèreront l’atmosphère du cabaret, des guinguettes et des bals, à en croire Robert Beck, auteur d’« Histoire du dimanche : de 1700 à nos jours » (Les Éditions de l’Atelier, 1997) et professeur au Centre d’histoire de la ville moderne et contemporaine (CEHVI) à l’université de Tours.
Avec la Révolution industrielle, employés, maçons et couturières qui triment sans relâche pour des salaires de misères se voient privés, pour la plupart, de l’observance du repos dominical. La faute aux entrepreneurs, soucieux de mettre un terme à cette journée anti-productive. Ce qui vaut aux salariés des grandes enseignes de manifester, dans les années 1890, pour obtenir une demi-journée de repos hebdomadaire, suivis de près par la classe ouvrière atteinte dans sa chair par la maladie et l’alcoolisme. « Ce sont les révoltes de la rue et les mouvements hygiénistes qui ont mis le gouvernement sous pression », affirme Robert Beck. Ils aboutissent à la loi du 13 juillet 1906 qui instaure une trêve dominicale obligatoire. Ce texte est dicté « par le souci constant de moralisation de la classe ouvrière et par l’extension des préoccupations d’hygiène sociale, poursuit l’historien. Les pratiques populaires non réglementées sont également visées puisque c’est en partie en réaction à la coutume du « saint lundi » ­ journée de repos prise spontanément par les ouvriers en dehors des limites fixées par le cadre social traditionnel ­ que les initiatives se multiplient ».

Famille et repos

Cette loi repose sur deux principes moteurs : famille et repos. « Le pouvoir politique cherche à encadrer le temps libre des salariés : un dimanche avec leur femme au foyer doit les tenir à l’écart des bistrots et relancer la natalité, renchérit Robert Beck. En 1912, des affiches de la CGT pour la « semaine anglaise », dont le samedi après-midi et le dimanche sont fériés, montrent une vie familiale idyllique où des enfants cueillent des fleurs avec leurs parents ».
La vérité, c’est que les salariés qui travaillent dans des secteurs où le travail du dimanche est la règle sont épuisés et exemptés du service militaire. Et que moins d’un travailleur sur trois, dérogations obligent, peut profiter, en 1913, de cette journée chômée… De fait, le repos hebdomadaire n’entrera dans les mœurs qu’au lendemain de la Grande Guerre. Il faudra attendre ensuite la nuit du 7 au 9 juin 1936 et la signature des accords de Matignon, consécutifs à l’arrivée au pouvoir du Front populaire, pour acter l’instauration des 40 heures hebdomadaires et l’octroi de 15 jours de congés payés. Dès lors, le dimanche entrera progressivement dans le « week-end », en dépit du caractère souvent théorique de la semaine des 40 heures. Encore quelques années et la crise des années 70 pour que l’idée s’impose véritablement. Jusqu’à ce que le gouvernement Fillon envisage un jour sa remise en cause, au prix d’un discours néolibéral et passéiste, teinté de populisme. Un air de déjà vu…

Bruno Tranchant

Chronologie

321 : l’Empereur Constantin fait du dimanche le jour de repos dans l’Empire Romain.
1792 : le « calendrier révolutionnaire français » supprime la semaine de sept jours, qu’il remplace par les décades, périodes de dix jours.
1802 : les fonctionnaires bénéficient désormais du dimanche chômé.
1814 : une loi pour la « sanctification du dimanche », promulguée par Louis XVIII, instaure l’interdiction d’ouvrir les commerces entre 8 heures et midi. Mais le texte tombe peu à peu en désuétude, avant d’être aboli en 1880.
1906 : la loi du 13 juillet décrète le dimanche jour de repos obligatoire. Tous les salariés de l’industrie et du commerce ont droit à une récupération de vingt-quatre heures ce jour-là.
1936 : signature des accords de Matignon gravant dans le marbre la semaine des 40 heures et l’octroi de quinze jours de congés payés ;
1996 : la Cour de justice européenne supprime la référence au dimanche de la directive prévoyant une période minimale de repos hebdomadaire de vingt-quatre heures.


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