ps chevilly larue

Crises financières : les leçons de l’histoire

jeudi 13 novembre 2008 par B.TRANCHANT

l’heure ou les effets de la crise financière internationale se font ressentir partout dans le monde, chacun s’interroge sur les mutations du capitalisme et les grandes crises économiques propres à l’époque contemporaine. Entretien avec Pierre Singaravelou, enseignant en Histoire contemporaine à l’Université de Bordeaux.


Quelles ont été les principales crises économiques de l’époque contemporaine ?
Depuis la fin du XIXe siècle, les périodes de crise économique internationale se sont enchaînées. Le krach du 9 mai 1873, à la bourse de Vienne, a ouvert ainsi une longue période de stagnation économique, une « Grande dépression », qui s’est prolongée pendant plus de vingt ans. Le krach des 24 et 29 octobre 1929, à la bourse de New York, a plongé ensuite le monde dans un marasme social et politique sans précédent. Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 ont mis un terme, enfin, à la croissance des « Trente glorieuses ».
Plus inquiétant, on a observé depuis le milieu des années 1980, une augmentation de la fréquence des crises : krach du marché d’actions d’octobre 1987, crise monétaire et financière en Asie (1997), éclatement de la bulle Internet (2000), scandale des Subprimes (2007-2008) aux États-Unis…

Quels sont les points communs entre ces crises ?
Depuis le brutal effondrement du cours de la tulipe, en 1637, aux Pays-Bas - la fameuse Tulip Mania -, jusqu’au problème des Subprimes, elles résultent de l’éclatement de bulles spéculatives et procèdent du même mécanisme d’emballement. Une nouvelle demande, dans l’immobilier ou une innovation technologique comme Internet, suscitent l’attrait des agents économiques informés qui investissent dans un secteur porteur, avant d’entraîner une masse d’agents suiveurs qui, appâtés par la montée des prix et des actions, contractent des crédits. Cette phase d’augmentation se retourne brutalement lorsque les rendements obtenus se situent très en deçà des prévisions : tous les agents cherchent alors à se débarrasser de leurs actifs d’un seul tenant et c’est le… krach.

Les krachs ne se sont-ils pas multipliés avec la montée en puissance de l’économie financière ?
Absolument, et dans la deuxième moitié du XIXe siècle, l’essor des banques d’affaires a encouragé les pratiques de spéculation. Ainsi, l’emballement spéculatif dans le domaine de la construction ferroviaire provoque des krachs en France (1882) et aux États-Unis (1884). Depuis les années 1980, les crises de surinvestissement se sont succédé à un rythme élevé : la spéculation à très court terme s’est substituée ainsi à l’investissement à long terme dans l’économie réelle. Nous sommes confrontés encore et toujours au même mécanisme d’emballement. C’est pourquoi il est important de rappeler l’histoire des crises financières aux principaux acteurs de l’économie, du ministre de tutelle aux opérateurs des agences de notation, en passant par les traders.

Quelles ont été les réponses politiques apportées aux crises que vous évoquez ?
Face aux crises de 1873 et 1929, les pays européens ont adopté des politiques protectionnistes en élevant les tarifs douanier ou en se repliant sur leurs empires coloniaux. Parallèlement, les États sont intervenus dans l’économie en promouvant des politiques de grands travaux tels que le plan Freycinet sur les chemins de fer, en 1879, ou le New Deal de Roosevelt, en 1933-1936.
La puissance publique a régulièrement tenté d’encadrer le système financier. Ceci vaut pour la crise de 1929 qui a été suivie par l’instauration d’une nouvelle réglementation financière et bancaire. Plus récemment, l’éclatement de la bulle internet et le scandale de Enron ont donné lieu, outre-Atlantique, au vote de la loi Sarbanes-Oxley (2002) qui précise la responsabilité des dirigeants d’entreprise et les modes de communication des résultats financiers.
Depuis le krach de 1987, en cas de crise, les États interviennent rapidement, notamment en injectant des liquidités par l’intermédiaire des banques centrales. Ce, afin de rétablir la confiance sur les marchés.

Quels ont été les rapports des socialistes aux crises économiques ?
La déréglementation et la libération du capital ont incité les agents économiques à spéculer toujours plus et à créer artificiellement des bulles financières. Pour les socialistes, il ne s’agit pas tant de « moraliser » le capitalisme, que de le réformer structurellement en régulant les fluctuations des monnaies et la circulation des capitaux, en soutenant la croissance par une politique d’investissement dans la recherche, l’éducation, le logement et les transports, en instaurant un contrôle public des agences de notation et en supprimant les paradis fiscaux.

Propos recueillis par Bruno Tranchant


Les grandes crises économiques depuis le XVIIe siècle

1636 : La Tulip Mania aux Pays-Bas est à l’origine de la première bulle spéculative.
1720 : Le système de Law s’effondre et entraîne une crise économique en Europe.
1873 : Le 9 mai, la faillite du Kreditanstalt provoque l’effondrement successif des bourses de Vienne et New York.
1929 : Les krachs des 24 et 29 octobre plongent le monde dans le marasme économique.
1973 : Le premier choc pétrolier, suivi d’un second choc, en 1979, précipite le monde dans la dépression économique.
1987 : Le 19 octobre, la rapide remontée des taux d’intérêt provoque le Krach de la bourse de New-York.
1997 : L’endettement et le surinvestissement plongent l’Asie dans la crise économique.
2000 : La bulle Internet éclate et entraîne des plans de licenciement et de délocalisation.
2007 : La crise des Subprimes entraîne le monde entier dans une crise financière majeure.
Plusieurs grands établissements bancaires font faillite, d’autres sont nationalisés.


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