ps chevilly larue

Martine AUBRY invitée de Jeff WITTENBERG aux “4 vérités” sur France2

Le 31/03/2010

mercredi 31 mars 2010


JEFF WITTENBERG : Bonjour à tous. Bonjour Martine AUBRY .
MARTINE AUBRY : Bonjour.

J. W. : On va parler de la politique économique et sociale du gouvernement, des propositions du Parti socialiste. Peut-être, d’abord, de votre sentiment sur la visite de Nicolas SARKOZY, dont on a vu le compte rendu dans le journal. Apparemment, le courant passe entre les deux présidents français et américain. Vous en êtes satisfaite pour les relations entre les deux pays ?
M. A. : Ben, les images, on est contents, le fait que le président de la France soit entendu, très bien. Moi, ce que je retiens quand même c’est que les Américains, si on lit la presse américaine, ont été un peu étonnés du ton de donneur de leçons de Nicolas SARKOZY, qui est venu dire aux Américains, « il faut réguler le monde, réguler la finance », alors que effectivement aujourd’hui Barack OBAMA le fait en changeant le statut des banques, en leur demandant de rembourser l’argent qu’il leur a prêté, en taxant les bonus et les stock options, toutes choses qu’on ne fait pas en France. Et puis, voilà, donc ça a paru un peu étonnant. Et il dit la même chose sur l’environnement, sur la santé. Il a osé dire, « oui, c’est bien, mais enfin nous sommes beaucoup plus en avance ». Moi, ce que je remarque, et j’espère que cela aura inspiré le président SARKOZY, c’est d’abord que Barack OBAMA a un cap, qu’aujourd’hui il a relancé l’économie face à la crise, il a taxé les plus puissants, et surtout il a fait une réforme sur la santé qui va dans le sens du progrès. Nous, en France, quand on réforme aujourd’hui, c’est de la régression sociale et du recul. Donc, j’espère qu’il aura été inspiré par son ami Barack OBAMA.

J. W. : Le traitement privilégié, entre guillemets, le dîner intime entre les couples, ne vous montre pas que tout de même Barack OBAMA considère son interlocuteur comme quelqu’un d’important ?
M. A. : Ecoutez, est-ce qu’on pourrait un moment considérer que la politique c’est autre chose que des belles images ? Si Nicolas SARKOZY revenait avec l’envie de réguler la finance internationale, ce qu’il n’a jamais fait malgré des grands discours contre les banquiers voyous, etc…

J. W. : …enfin, les deux pays sont en phase là-dessus, ils l’ont dit.
M. A. : Non, non, parce que eux… non, non, ils n’en ont pas parlé, disons les choses simplement. Et Barack OBAMA, comme je viens de le dire, a pris des décisions. S’il revenait avec l’envie de relancer le pouvoir d’achat, ce qui a été fait par Barack OBAMA, alors qu’aujourd’hui nous risquons la rechute en France – vous avez vu les chiffres de l’INSEE qui viennent de diminuer par deux la prévision de croissance, de nous dire qu’on allait encore avoir une augmentation du chômage alors que le président disait encore l’inverse il y a quelques jours. Donc, moi, je veux bien qu’on voit de belles images, on est ravis de tout cela. Les Français, eux, ils veulent que le président retrouve un cap, écoute ce qu’ils leur ont dit aux élections, et c’est pas des belles images qui changeront leur vie de tous les jours. Pouvoir d’achat, emploi, crise de l’hôpital, déremboursement des médicaments, augmentation du gaz, voilà la réalité française.

J. W. : On revient sur le terrain franco-français, Martine AUBRY, justement, et il y a une controverse qui part de la droite elle-même, qui s’interroge sur finalement la finalité du bouclier fiscal, qui se demande s’il ne faudrait pas le supprimer. En quelque sorte, elle vous a devancés. J’imagine que vous emboîtez le pas à ces voix comme Alain JUPPÉ qui demandent…
M. A. : … elle nous a devancés, nous, qui depuis deux ans demandons la suppression du bouclier fiscal, mon cher ami, qui avons déposé deux lois, deux propositions de loi qui ont été évidemment refusées par le gouvernement et les députés UMP. Nous demandons…

J. W. : …donc, là, vous y croyez maintenant ?
M. A. : Non !

J. W. : Vous lancez un appel, en quelque sorte ?
M. A. : Non ! Moi, je redemande solennellement, ça fait deux ans qu’on le fait, donc on peut le refaire, non seulement la suppression du bouclier fiscal, mais de tous ces textes qui dans la loi TEPA coûtent 15 milliards d’euros par an : la suppression des droits de succession ; la défiscalisation des heures supplémentaires – une aberration qui fait que aujourd’hui il vaut mieux faire des heures supplémentaires pour un patron qu’embaucher ; les avantages donnés, on en parle aussi, pour les intérêts des emprunts pour acheter des logements. Moi, je préférerais qu’on aide les Français à être effectivement propriétaires. Donc, sur tous ces avantages fiscaux, 30 milliards d’euros depuis que la droite est au pouvoir, sur les 20 milliards de niches fiscales en plus, nous disons il y a des moyens de trouver des ressources pour répondre aux besoins des Français d’aujourd’hui. Redonner, par exemple, 200 € de remboursement de TVA à tous les ménages pour relancer la consommation alors que notre pays risque de se réenfoncer aujourd’hui dans la crise.

J. W. : Madame AUBRY, on entend vos propositions. Sur le retrait de la taxe carbone, vous avez critiqué la décision de Nicolas SARKOZY de, finalement de retirer cette mesure, mais vous n’aviez pas spécialement applaudi son instauration en trouvant que c’était un impôt injuste à l’époque.
M. A. : Voilà ! C’est les modalités de l’impôt qui nous déplaisaient, et nous avions… c’est nous d’ailleurs qui avons demandé l’annulation au Conseil constitutionnel considérant que cette taxe telle qu’elle avait été mise en place n’était pas écologique puisque les grands pollueurs n’étaient pas touchés, l’électricité n’était pas touchée, et qu’elle était profondément injuste puisque c’est les Français les plus modestes et les classes moyennes qui allaient payer, alors que nous nous demandions que cette contribution énergie climat soit reversée aux ménages (classes moyennes et classes populaires) alors que l’Etat voulait garder une partie de l’argent…

J. W. : … donc, vous devriez être satisfaite que cette mesure au moins soit supprimée.
M. A. : Non, pas du tout ! Nous voulions un impôt juste, qui aurait permis de redonner du pouvoir d’achat aux Français et de les accompagner pour faire des économies d’énergie. Il n’en a rien été et j’ai vu là aussi que Nicolas SARKOZY faisait la leçon au président OBAMA en lui demandant de mettre en place une fiscalité verte. Vous savez, il y a un moment où on se décrédibilise. Je vous conseille de lire la presse américaine ce matin.

J. W. : La fiscalité fait débat, y compris à droite. En revanche, il y a un sujet sur lequel tout le monde à l’UMP est d’accord apparemment, c’est sur la législation sur la burqa. Les députés et les sénateurs UMP veulent avec François FILLON aller jusqu’à une interdiction totale. Le Conseil d’Etat a émis des réserves en disant que ce n’était pas constitutionnel, ce n’était pas possible. Quelle est la position du Parti socialiste là-dessus ?
M. A. : Alors, d’abord dire une chose, il y a eu des élections, les Français ont dit avec force qu’ils n’en pouvaient plus des promesses non tenues, que ce soit le pouvoir d’achat, les retraites et les salariés, des licenciements, de l’emploi, bon, de l’absence de politique industrielle, d’absence d’avenir pour leurs enfants. Et on nous explique, c’est encore ce qu’a fait Monsieur FILLON il y a quelques jours, Monsieur COPÉ, que le problème urgent de la France c’est la burqa, bon. Donc, il faut pas se tromper de terrain, et il faut travailler d’abord sur les vrais sujets qui intéressent les Français.

J. W. : Très bien, mais quelle est…
M. A. : … ceci dit, sur la burqa…

J. W. : Voilà !
M. A. : Nous sommes, et nous avons pris une position très claire, totalement opposés à la présence de la burqa en France, mais nous avions dit, et dans le fond je suis heureuse de cet avis du Conseil d’Etat, prenons tous les moyens juridiques, et aussi d’autres moyens d’intégration, etc. pour empêcher la burqa, mais faisons attention qu’il n’y ait pas une loi stigmatisante qui porte que sur les signes religieux et qui risque d’avoir l’effet contraire, d’entraîner au contraire par provocation, par réaction, encore plus de burqas dans notre pays, et faisons attention à ce qu’elle soit et légale et efficace. Le Conseil d’Etat a dit hier, « on peut prendre une loi contre la dissimulation du visage, toutes les formes de dissimulation, dans les services publics », ça je comprends très très bien, lorsqu’il y a un problème de risque de fraude, mais on ne peut pas prendre une loi religieuse.

J. W. : Donc, vous êtes d’accord avec l’avis du Conseil d’Etat.
M. A. : Oui, c’est d’ailleurs ce que nous avions dit. Donc, moi, je dis au gouvernement : 1\ occupez-vous des priorités des Français ; 2\ si vous voulez faire une loi, suivez ce qu’a demandé le Conseil d’Etat. Et je crois qu’ainsi les choses iront mieux.

J. W. : Martine AUBRY, il nous reste deux minutes pour évoquer la situation du Parti socialiste. Comment va-t-il dix jours après sa victoire ? Vous avez dit samedi dernier qu’il fallait pas se reposer sur ses lauriers. Vous ne croyez pas aux sondages qui pronostiquent la victoire du PS en 2012, aux présidentielles, à la présidentielle.
M. A. : Moi, je remarque simplement qu’il y a un an on nous disait qu’on était un cadavre à la renverse, que Nicolas SARKOZY était là pour très longtemps ; et je remarque qu’aujourd’hui il y a un espoir à nouveau qui naisse, qu’on puisse mettre en place une nouvelle société qui soit à la fois plus juste, qui réforme mais avec un sens, contrairement à ce qu’on fait aujourd’hui, et qui redonne de l’efficacité à notre pays à partir de ses atouts. Moi, ce que je vois c’est que le Parti socialiste retrouve de la crédibilité et un peu de confiance chez les Français, mais je crois qu’il y a encore beaucoup de travail à faire. C’est l’année 2010, préparer le projet, montrer qu’il y a des propositions.

J. W. : 2010, 2012 n’est pas si loin. Vous-même, Madame AUBRY vous êtes pour la première fois donnée gagnante face à Nicolas SARKOZY. Est-ce qu’on a raison de vous imaginer aujourd’hui candidate à la présidentielle ?
M. A. : J’ai dit, et je le répèterai, que toute l’année 2010 je répondrai la même chose, je suis là pour préparer un projet qui redonne l’espoir au Français pour rassembler la gauche, pour rénover le Parti socialiste, collectivement c’est notre travail de 2010, c’est la seule chose qui m’intéresse, pour pouvoir permettre à un ou une d’entre nous de pouvoir apporter cet espoir aux Français en rassemblant la gauche, voilà, c’est tout.

J. W. : Martine AUBRY, on connaît le candidat de la droite, à priori ce sera Nicolas SARKOZY.
M. A. : Eh ben, moi, je ne le connais pas, j’en sais rien !

J. W.

 : Tout le monde prévoit que ce soit lui. Est-ce que ce n’est pas un handicap pour le PS d’être dans le flou et finalement pendant deux ans, un an et demi avant les primaires que vous devez organiser, de ne pas savoir qui sera son adversaire ?
M. A. : Je pense que ce qui est un handicap pour la droite aujourd’hui c’est d’avoir une personne qui pense qu’il a raison contre tout le monde et qui ne respecte pas le vote des Français.

J. W. : Vous ne répondez pas à ma question.
M. A. : Non mais, si ! Parce que, je veux dire, nous, justement, aujourd’hui nous jouons collectif et ce qu’attendent aujourd’hui de nous les Français, moi personne ne me dit « quel est votre candidat ? », tout le monde me dit « quelles sont vos réponses à la crise, comment mes enfants vont vivre mieux demain, comment va-t-on vivre dans une société qui soit à la fois plus sûre, moins violente, plus douce, qui accompagne les personnes âgées jusqu’à la fin de leur vie, qui tend la main à un enfant en difficulté, comment va-t-on vivre ensemble nous qui venons de partout ? ». Voilà les questions que se posent les Français. Eh bien, c’est cela que nous sommes en train de préparer et vous allez voir que il y a une autre société possible et après cela…

J. W. : … qui ne se demande pas qui représentera, qui incarnera tout ça ?
M. A. : Oui, ils se le demandent, mais d’abord ils ont des problèmes mais ils aimeraient qu’on les traite, y compris en 2010 et 2011, et ça ça arrive avant 2012, et nous serons là pour faire des propositions.

J. W. : Merci Martine AUBRY


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