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Rencontre avec… Alain BERGOUNIOUX, historien et conseiller auprès de la Première secrétaire

Le projet socialiste en perspective

lundi 7 décembre 2009 par B.TRANCHANT

Au fil des élections présidentielles, les projets socialistes empruntent à différents registres. Avec l’ambition, sans cesse réaffirmée, de combattre l’idéologie libérale, au profit d’une transformation radicale de la société. L’analyse d’Alain Bergounioux, historien et conseiller auprès de la Première secrétaire.

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Les projets socialistes ont en commun de combattre l’idéologie capitaliste au nom d’une transformation radicale de la société. Cet idéal de « rupture » a-t-il cours dès 1980 ?
Oui. Le texte de 1980 reprend la structure du programme de 1972, « Changer la vie », pour les propositions. Mais son originalité est de mener un double combat idéologique contre la société du « libéralisme avancé » défendu par Giscard et la « deuxième gauche », accusée de céder le pas à l’idéologie libérale. La première partie, « Comprendre », revêt donc une grande importance. Elle reprend les termes du Congrès de Metz marqué par la confrontation idéologique, stratégique et personnelle entre François Mitterrand et Michel Rocard.
Ce texte est structuré par une analyse marxiste de « la crise du capitalisme » dont la baisse du taux de profit entraîne la généralisation du chômage pour peser sur les salaires, la fermeture des capacités de production, la recherche d’espaces nouveaux, l’utilisation des technologies de l’information et de la communication… L’ambition d’une « transformation socialiste de la société » doit passer alors par une « rupture avec le capitalisme ».

Le cas de figure de 1988 est totalement différent…
Oui. La première cohabitation, menée de main de maître par François Mitterrand, alors que la droite mettait en œuvre une politique libérale inspirée de l’Angleterre thatchérienne, l’a rapidement replacé en position favorable. Le Projet que le Parti élabore alors, intitulé « Propositions pour la France », est tout empreint de la volonté de tirer les leçons de la période écoulée. La notion de « nouvel équilibre » en est l’idée directrice. Face au libéralisme, il entend faire naître de nouveaux équilibres dans une société composite, organiser des relations nouvelles entre individus et État, libertés et institutions, initiative privée et intervention publique.

La situation du débat des années 1990 est plus confuse. Comment expliquez-vous cette évolution ?
Sous le titre « Nouvel Horizon », le Projet se fixe alors pour objectif de renouveler la pensée d’un parti de gouvernement après l’effondrement du communisme et au moment où la mondialisation s’impose. Pour ce faire, il fonde le socialisme sur des valeurs, en leur donnant principalement un caractère éthique, définit un « rapport critique » avec le capitalisme, promeut une réflexion écologique, avance de nouvelles régulations et fait de la démocratie le principe même de l’action politique.

Ce projet ne marque cependant pas un réel tournant idéologique…
Absolument. La crise du Parti s’aggrave en 1993, avec une défaite électorale qui n’a aucune commune mesure avec celle de 1986, et les conflits internes qui virent se succéder, deux années durant, quatre Premiers secrétaires… La motion majoritaire du Congrès de Liévin, à l’automne 1994, récuse toute filiation avec le texte de 1991. Mais le Parti n’a pas le temps d’élaborer un projet spécifique pour l’élection présidentielle de 1995. Lionel Jospin, le candidat élu par les militants, élabore son Projet, dénommé sobrement « Propositions pour la France », dont la structure évoque davantage le Projet de 1988 que celui de 1991. La difficulté est d’ouvrir sur une autre période, sans pour autant remettre en cause les grands traits de ce qui a précédé. Ce projet reprend donc l’essentiel des thématiques définies depuis la fin des années 1980, sans tenter d’explorer les voies suggérées par le Projet de 1991.
En 2002, Lionel Jospin présente ses orientations, sous le titre « Je m’engage ». Les mesures avancées s’inscrivent dans la suite des politiques gouvernementales menées depuis 1997. La notion de « Présider autrement » commande la tonalité du Projet. « Je place l’esprit de responsabilité au cœur de ma démarche, indique-t-il alors dans sa préface. La responsabilité doit être réhabilitée dans l’État : il faut notamment redonner à la fonction présidentielle, autorité et crédibilité. »

Propos recueillis par Bruno Tranchant


Une chance à saisir

21 avril 2002. Un véritable coup de tonnerre vient de s’abattre sur le pays. La France vit alors une crise d’identité, comme elle en a rarement connu dans le passé. Et c’est Lionel Jospin, candidat socialiste à l’élection présidentielle, qui en fait les frais. « Les Français vivent mal la mutation qu’entraîne, depuis trois décennies, la mondialisation, constate Alain Bergounioux. Ils n’arrivent pas à se projeter dans l’avenir. Les anciennes régulations définies et mises en œuvre dans le cadre des États nationaux ne sont plus suffisantes, les nouvelles peinent à voir le jour. Ils assistent, impuissants, à l’accroissement des inégalités qui font courir le risque d’une rupture des solidarités fondamentales ».
Sept ans après cet épisode dramatique, la récession bat son plein. « D’où la nécessité d’imaginer un autre modèle de développement, confie l’historien. Notre travail ne peut se limiter à un simple toilettage. Il nous faut tenir compte des équilibres écologiques et imaginer un type de développement conciliant créations de richesses, solidarité sociale et reconversion des modes de consommation, au profit d’une société moins dispendieuse ». De cette nécessité peut sortir une chance pour les socialistes.

B.T.


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