ps chevilly larue
Rencontre avec… Jean-Marcel BICHAT, historien

1969 : un nouveau Parti socialiste ?

mardi 14 avril 2009

Le Parti socialiste existe officiellement depuis 1969. Au congrès d’Alfortville, les amis d’Alain Savary, qui avaient fait scission en 1958, ont rejoint la SFIO, rebaptisée Nouveau Parti socialiste (NPS). Un entretien avec l’historien Jean-Marcel Bichat.

Navigation rapide

En 1969, la SFIO cède la place au NPS. Guy Mollet se retire. Assiste-t-on à la fin d’un cycle ?
De 1968 à mai 1969, la gauche non communiste, réunifiée depuis 1965, sous l’égide de François Mitterrand, se désagrège. Les radicaux s’éloignent. Seules la SFIO et la Convention envisagent alors la fusion dans un nouveau parti, ainsi que deux clubs affiliés à la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS), l’Union des clubs pour le renouveau de la gauche - Alain Savary, Robert Verdier, Pierre Bérégovoy - et l’Union des groupes et clubs socialistes - Jean Poperen, Colette Audry - regroupant d’anciens membres du PSU. Les positions divergent sur la constitution du parti, avec d’un côté la SFIO et l’Union des clubs pour le renouveau de la gauche (UCRG), de l’autre, la Convention des institutions républicaines (CIR) et l’Union des groupes et clubs socialistes (UGCS). L’élection présidentielle, après le départ de De Gaulle, bouscule le calendrier.
Guy Mollet envisage un candidat pour la forme et le désistement, au second tour, au profit du centriste Alain Poher, seul capable, à ses yeux, de battre Pompidou. La CIR et l’UGCS envisagent la désignation d’un candidat unique, François Mitterrand, par l’ensemble des partis de gauche, que refuse la SFIO. Le groupe socialiste présente la candidature de son président, Gaston Defferre. L’UCRG défend celle d’Alain Savary. Le congrès constitutif a lieu à Alfortville, le 4 mai, sans la CIR ni l’UGCS, et sans que les congrès départementaux aient pu se tenir. Gaston Defferre l’emporte après des débats confus et plusieurs votes houleux : un second vote est organisé, certains délégués avouant n’avoir pas compris le sens du premier.
Defferre n’obtient que 5 % des voix. Les grosses fédérations et l’appareil mollétiste ont appelé à voter Poher dès le 1er tour. De nombreux électeurs socialistes unitaires votent Rocard (PSU, un homme nouveau) ou Duclos (PCF, vétéran du Front Populaire).

Quand le renouvellement du PS a-t-il commencé ?
La seconde session du congrès constitutif a lieu du 11 au 13 juillet, à Issy-les-Moulineaux, avec la SFIO, l’UCRG, quelques conventionnels - André Labarrère, Michel Dreyfus-Schmidt - et la majorité de l’UGCS - l’ancien député Guy Desson et l’écrivain Georges Conchon, notamment, démissionnent du Bureau national. À une voix près, Alain Savary est élu Premier secrétaire, soutenu par Guy Mollet contre Pierre Mauroy, longtemps son dauphin, mais qui s’est émancipé. Le Parti change de nom, mais l’homme de confiance de Mollet, Ernest Cazelle, garde le contrôle de l’appareil.
Jean Poperen et Pierre Guidoni racontent en détail l’histoire compliquée et parfois confuse du NPS qui prend fin lors du congrès d’Épinay avec la victoire de l’alliance conclue entre Mitterrand, Mauroy, Defferre et Chevènement contre la majorité sortante. Pour Pierre Guidoni, Issy a été un congrès de dupes. Savary prend en main la direction du Parti sans en avoir les moyens et « seul, grandi par sa retraite volontaire, maître du jeu par personnes interposées, inaltérable gardien de la doctrine et des principes, Guy Mollet triomphe, modestement. » Pour Poperen, « une nouvelle étape de la restructuration de la gauche socialiste s’est achevée, mais nul n’aperçoit le bout de la route (…). Le véritable bouleversement du personnel dirigeant du Parti aura lieu à Épinay. »

La réalité du NPS est complexe…
Oui. De nouveaux adhérents, surtout en province, sont devenus membres du Parti. Déjà en place dans les instances de la FGDS, des conventionnels entrent au NPS et y défendent un nouvel état d’esprit. Le CERES conquiert la fédération de Paris, invente le Poing à la Rose et défend le thème du programme commun de gouvernement, s’attirant les foudres de la direction du Parti qui s’en tient à un prudent « dialogue idéologique ». Invité lors du Conseil national de juin 1970, Mitterrand est reçu par un congrès debout qui scande « unité » sans prévoir ce qui se passera dans moins d’un dans cette même salle du gymnase d’Epinay…

Propos recueillis par Bruno Tranchant


Chronologie

- Février-mars 1969 : mise en place des collectifs provisoires d’organisation du NPS au niveau des sections, des départements et à l’échelle nationale.
- 27 avril : referendum sur la régionalisation et la réforme du Sénat. Le « non » obtient 53,18 % des voix.
- 28 avril : De Gaulle quitte le pouvoir. Alain Poher, président du Sénat, devient président de la République par intérim. La CIR appelle les formations de gauche à se concerter pour définir une politique et désigner un candidat unique. La SFIO propose d’avancer le congrès constitutif au 4 mai pour désigner le candidat du Parti et adopter la déclaration de principes.
- 29 avril : la SFIO rejette les propositions de la CIR, ainsi que la proposition de programme commun du PCF.
- 30 avril : La CIR, dont les propositions ont été acceptées par le PCF, le PSU, l’UGCS et Objectif 72 (Robert Buron), refuse la procédure de la SFIO et organise, le 4 mai, une réunion à Saint-Gratien.
- 4 mai : réunions parallèles du Congrès d’Alfortville (SFIO, UCRG) et de l’Assemblée de Saint-Gratien. Gaston Defferre désigné candidat à Alfortville.
- 1er juin (1er tour) : Gaston Defferre obtient 5,01 % des voix, la gauche absente du second tour
- 11 au 13 juillet : Congrès d’Issy-les-Moulineaux. Alain Savary Premier secrétaire du NPS.