ps chevilly larue
Réforme des retraites :

Mauvais présage…

jeudi 23 septembre 2010


Indolore aux forts, dure aux faibles. Drôle de réforme que celle des retraites qui vaut aux plus infortunés de payer au prix fort une politique de classe qui ne dit pas son nom. Déjà impopulaire, v’la-ti pas que Nicolas Sarkozy réclame aux Français des sacrifices supplémentaires. Avec, en toile de fond, le report de l’âge légal à 62 ans et la cessation d’activité sans décote à 67 ans. Inacceptable, cette double mesure fait peser l’essentiel des efforts sur les couches moyennes et populaires, déjà durement éprouvées par les hausses en tous genres, tandis qu’elle en exonère les catégories les plus aisées. Tant et si bien que les salariés ayant des métiers pénibles et des carrières longues se retrouvent lourdement pénalisés. Sans compter que les réformes engagées n’assureront ni le financement ni la pérennité de notre système de retraites, loin s’en faut !
Engoncé dans ses certitudes, le chef de l’État se montre inflexible, convaincu que le sentiment d’injustice qu’éprouvent nos concitoyens fondra comme neige au soleil. Il compte ainsi capitaliser sur cette réforme dont il ne mesure décidément pas les effets nauséabonds. Confrontés à la baisse du pouvoir d’achat, la hausse du chômage et la dérèglementation financière, les Français ne supporteront plus longtemps d’être les dindons de la farce.
La réforme en cours n’est pas seulement injuste, elle est inique ! Et ce, parce que le gouvernement refuse obstinément de prendre en compte ses effets désastreux sur l’opinion. Au risque de faire basculer des millions de Français dans la précarité, en creusant un peu plus encore les inégalités existantes. À ce petit jeu, ce sont bien les femmes qui paient les pots cassés, à l’heure où 44 % d’entre elles partent avec une carrière complète, contre 86 % des hommes. Excusez du peu !
Souvenons-nous : Proudhon, Marx, Lafargue, Jaurès et Blum furent les premiers à inscrire la retraite des classes populaires au rang de priorité. Des hommes de gauche, assurément. Mais, l’idée figura surtout parmi les trois grandes revendications du syndicalisme unifié, en 1897, sous le cigle de la CGT, avec la journée de huit heures et la hausse généralisée des salaires. Elle demeura au rang des priorités du mouvement ouvrier jusqu’à ce que François Mitterrand en fasse une loi de la République, en 1983. Depuis lors, l’espérance de vie n’a cessé d’augmenter, justifiant quelques adaptations utiles. Nul doute, cependant, qu’en repoussant l’âge légal, le gouvernement touche de plein fouet les catégories les plus fragiles, celles dont l’espérance de vie est la plus courte. Étrange conception de la solidarité que celle de M. Sarkozy qui pèsera gravement, à n’en point douter, sur les conditions de vie de nombreuses familles, déjà précarisées.
Au soir du 14 juillet 1789, les nobles comprenant l’importance du mouvement qui sévissait dans le pays prirent la poudre d’escampette, comme le propre frère du roi, le futur Charles X, suivi de peu par le Prince de Condé… Louis XVI, lui, se contenta de noter dans son journal, au soir des évènements : « Rien ». Le matin même, les émeutiers étaient pourtant partis chercher les armes… Et si l’histoire se répétait ?

Bruno Tranchant