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Cuba : la révolution célèbre ses 50 ans

lundi 12 janvier 2009 par B.TRANCHANT

Alors que Fidel Castro vient de quitter le pouvoir, Cuba s’apprête à célébrer le cinquantième anniversaire de sa Révolution. Retour sur un épisode politique qui a marqué l’histoire du monde, avec Pierre Singaravélou qui enseigne l’histoire contemporaine à l’Université de Bordeaux.

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Depuis 1898, cette ancienne colonie espagnole a connu plus d’un demi-siècle d’instabilité politique et économique. L’indépendance de l’île est immédiatement confisquée par les États-Unis. Les entreprises américaines dominent l’économie cubaine, notamment le sucre, le tabac, les mines et les banques.
Cuba est aussi asservie politiquement par les EU : Washington fonde sa domination sur l’amendement Platt (1901) qui restreint les pouvoirs du gouvernement cubain et autorise les États-Unis à intervenir sur l’île pour « garantir son indépendance ». Cette disposition est supprimée en 1933, au moment où les Américains exercent suffisamment d’influence sur le président Batista pour pouvoir s’en passer une bonne fois pour toutes.

C’est précisément la dictature de Batista qui a déclenché la révolte des Barbudos [1]…
Oui, lorsque Batista s’empare du pouvoir au terme du coup d’État du 10 mars 1952, il commence à exercer une dictature sanglante fondée sur la corruption. La Havane devient alors une des capitales de la mafia et de la prostitution, tandis qu’une majorité de la population s’appauvrit et que le chômage explose.
Batista réprime violemment l’opposition par le biais de ses polices spéciales. Dans ce contexte, le jeune Fidel Castro prend les armes et 150 de ses partisans attaquent la caserne de la Moncada, à Santiago de Cuba, le 26 juillet 1953. Les assaillants se font massacrer : Castro et son frère Raul sont arrêtés et le procès qui suit donne l’occasion à Fidel d’exposer publiquement les raisons de son combat. Ainsi, l’échec de la Moncada fait de Castro le premier opposant à Batista.
Libéré en 1955, Castro part au Mexique, fonde le Mouvement du 26 juillet et rencontre Ernesto Guevara. En décembre 1956, Castro et 80 guérilleros débarquent au sud-est de l’île. Seule une dizaine d’hommes en réchappent et se réfugient dans la Sierra Maestra. Les troupes castristes se renforcent et réussissent à repousser, en mai 1958, les assauts des soldats de Batista qui est alors lâché par les États-Unis. Guevara et Cienfuegos remportent la bataille finale à Santa Clara, à la fin décembre 1958, tandis que Castro s’empare de Santiago et entre triomphalement dans la Havane, le 7 janvier 1959.


Une fois au pouvoir, quelle est la politique de Castro ?
Il nationalise immédiatement les grandes entreprises américaines, ce qui conduit les États-Unis à rompre leurs relations diplomatiques et économiques avec l’île. Certes, Cuba se libère de l’empire des États-Unis, mais le nouveau gouvernement, dès mai 1960, doit se rapprocher de l’URSS qui se méfiait jusque-là de l’aventurisme des Barbudos : l’île accroît alors sa dépendance vis-à-vis du bloc soviétique. Alors que la révolution de 1959 est avant tout nationaliste et anti-impérialiste, Castro décide en 1961 de se déclarer marxiste-léniniste et fonde le Parti communiste cubain, quatre ans plus tard. Dès son arrivée au pouvoir, il lance une vaste réforme agraire, ainsi qu’une grande campagne d’alphabétisation.
En dépit des réels succès obtenus par le régime, en matière de santé et d’éducation, la politique dirigiste de Castro et l’embargo des Etats-Unis, à partir de 1960, nuisent au développement de l’économie cubaine. Parallèlement, le chef charismatique s’enferme dans une logique autoritaire : il refuse d’organiser des élections et préfère nouer un lien direct avec la population au travers de ses interminables discours radiodiffusés. C’est l’arrestation arbitraire et la torture d’Huber Matos, en octobre 1959, qui marquent symboliquement le tournant vers la dictature : ce héros de la guérilla avait simplement demandé à Castro de sauver la Révolution de l’emprise communiste… Le débarquement de la Baie des Cochons, en avril 1961, et l’affaire des missiles, en octobre 1962, ancrent définitivement Cuba dans le camp soviétique.


Propos recueillis par Bruno Tranchant



La révolution castriste en 10 dates

- 13 août 1926 : Naissance de Fidel Castro à Biran (Cuba), fils d’un riche planteur d’origine espagnole.
- 10 mars 1952 : Second coup d’État de Fulgencio Batista.
- 26 juillet 1953 : Une cinquantaine de rebelles attaquent la caserne de la Moncada, à Santiago de Cuba. Fidel Castro est arrêté. Relâché, il s’exile au Mexique où il fait la connaissance du Che. Le 26 juillet devient ensuite la fête nationale cubaine.
- 2 décembre 1956 : Échec du débarquement du Granma à Cuba. Début de la guérilla.
- 7 janvier 1959 : Entrée triomphale de Fidel Castro dans la Havane.
- 16 février 1959 : Fidel Castro devient Premier ministre.
- 17 mai 1959 : Mise en place de la réforme agraire.
- 17-19 avril 1961 : Échec du débarquement anticastriste de la Baie des Cochons.
- 1er mai 1961 : Cuba devient une République socialiste.
- 16-28 octobre 1962 : L’installation de missiles nucléaires soviétiques provoque une grave crise entre les États-Unis et l’Union soviétique.


À lire…

- Pierre Rigoulot, Coucher de soleil sur La Havane : Le Cuba de Castro 1959-2007 , Flammarion, 2007.
- Serge Raffy, Castro l’infidèle , éd. Livre de Poche, 2006.
- Sandra Hernández (coord.), La Révolution cubaine : mémoire, identité, écritures, Centre de Recherche sur les Identités Nationales et l’Interculturalité (CRINI) , Université de Nantes, 2007.

[1] Barbudos est le nom donné aux compagnons de Fidel Castro et Che Guevara lors de la révolution cubaine.


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